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Rencontre avec Fadhila Brahimi : « un site officiel ne suffit plus. La marque doit aller vers le client »

2 décembre 2009

Fadhila Brahimi a gentiment accepté de répondre par mail à mes questions à propos de personal branding, community management, web social. Rencontre.

1-Tout d’abord, peux tu te présenter ?

Fadhila Brahimi, 38 ans. Je dirige le cabinet FB-Associés depuis 2005 après 15 années au sein de compagnies aériennes sur diverses fonctions (commercial, méthodes et procédures, formation, RH, etc.).

Initialement diplômée d’HEI (Ecole des Hautes Etudes Internationales) avec une spécialisation en géopolitique et stratégie militaire, j’ai entamé un cursus professionnel en management de la gestion des ressources humaines au CNAM. Depuis, après de nombreuses formations en coaching et en développement personnel, j’ai intégré le processus de professionnalisation de l’International Coach Federation. Suis à présent coach certifiée de l’ICF .

Passionnée des Arts depuis mon enfance ; le théâtre, le chant et la danse ont également contribué à mon développement personnel et professionnel.

2-Tu gères le blog du personal branding. Comment définis-tu le personal branding ?

De manière factuelle le Personal Branding est un processus qui permet de s’appuyer sur ses ressources personnelles et professionnelles pour apprendre à rebondir ! C’est important à l’heure où le changement est devenu la règle.

Dans une approche plus « académique », le Personal Branding se traduit en français par « marque personnelle » où l’art de mettre en valeur ce qui vous différencie (valeurs, talents, vision, etc.) au service de votre projet de vie professionnelle. Cette mise en valeur suppose de travailler sur que vous avez d’unique en vous et de le promouvoir dans vos actes, vos comportements…et sur le Web. Le but étant de travailler sur vos atouts et d’asseoir votre crédibilité.

3-En quoi est-ce important de bien gérer sa réputation sur Internet ?

Le Web est une grande cour de récréation sans frontières de temps, d’espaces de catégories professionnelles, etc. Il est alimenté par tous les internautes et les traces sont indélébiles. Enfin presque. Photos, vidéos, articles, documents…tout peut être un jour sur le Net sans que vous en soyez l’auteur. Ce qui se dit sur vous est tout aussi important que ce que vous dites de vous.

La question est : si quelqu’un vous googlise (particulièrement une personne de votre univers professionnel) que souhaitez vous qu’il puisse trouver sur vous ? – une « bonne image », je suppose. Des éléments favorables à votre progression sociale et en adéquation avec votre identité réelle. Donc oui, à l’heure où le Web devient le Who’s Who populaire, il est important de mettre en cohérence votre identité physique avec votre identité virtuelle.

4-Que faut-il surtout faire et surtout ne pas faire sur Internet ?

Faire : être maître autant que possible de son nom et de son image en prenant la main dessus (avoir votre page Web, votre url à votre nom, vos profils réseaux à jour, réaliser une veille sur votre nom via Google alert, paramétrer vos profils réseau pour distinguer ce qui relève du privé et du public, adopter des pseudos pour agir sur le plan personnel privé, développer sa communauté…et publier régulièrement)

Ne pas faire : des exemples

  • Des photos ou des informations provocatrices
  • Des contenus qui se référent à la consommation de drogues ou d’alcool
  • Des commentaires racistes, homophobes, diffamatoires,
  • Des photos ou images sans l’accord des personnes
  • Des mensonges sur ses références scolaires, universitaires et professionnelles
  • Des contenus qui ne vous appartiennent pas sans citer vos sources (copié collé)
  • Des paroles blessantes sur des personnes

5-Les recruteurs semblent porter de plus en plus d’attention à la toile au moment d’examiner des candidatures. Qu’en penses tu et quels conseils peux tu donner ?

Les services RH des entreprises utilisent faiblement le net dans leur processus de recrutement. En revanche, les grands groupes commencent à signer des accords avec des réseaux professionnels pour rechercher des talents et diffuser des annonces. De plus, de nombreuses sociétés font appel à des cabinets de recrutement ou des chasseurs qui eux, utilisent le Net pour sélectionner des profils et diffuser des annonces.

Si seulement 2% des recruteurs français avouent utiliser le Net pour recruter, nous pouvons toutefois imaginer que dans un recrutement stratégique ou lors d’une hésitation, internet est un moyen d’en savoir plus sur une personne. Ajoutons à cela, que les réseaux et les blogs ont un pouvoir sur le processus de recommandation. Le processus va certainement s’accélérer et se généraliser. Donc il est primordial de travailler sur son projet professionnel et surtout lorsque vous êtes en poste, de bien choisir vos mots clefs pour mettre en valeur vos compétences, avoir une photo professionnelle….

S’assurer d’avoir un profil Web actif, à jour et bien référencé (page web avec url à votre nom, profil réseaux sociaux professionnels, un CV en ligne, etc.).

6-Quel regard portes-tu sur Facebook et Twitter ?

Une ascension fulgurante que l’on doit certainement pour l’un à son aspect ludique (Facebook) et pour l’autre à sa simplicité (Twitter). A la base, deux outils qui semblent ne servir à rien et qui en évoluant grâce à ses utilisateurs deviennent des machines redoutables.

L’information circule à une vitesse impressionnante et le mot « ami » prend un sens démesuré. Le plus drôle c’est que j’ai l’impression que ces deux plateformes, qui sont différentes initialement, se surveillent et cherchent à se « copier ».

Dans tous les cas, ils semblent que nous changeons nos modes de communication : plus d’interactivité, plus de proximité, plus de virtualité. En somme nous entrons dans une ère où le Web devient l’expression du temps réel et des discussions ouvertes.

7-Comment gères tu ton compte Twitter ? (followers/followings, mises à jour)

Questions complexes. Car je change de méthode régulièrement au regard de mon expérimentation et des échanges (le Web est pragmatique et intuitif).

1/ j’utilise un client support (en ce moment Hootsuite) pour classer mes followers dans des groupes thématiques.

2/ J’utilise Twitter pour partager des infos et être en veille, échanger brièvement sur des avis (twitter a ses limites sur le débat), envoyer des DM à la place d’emails, rester en lien avec mon réseau et son actualité et découvrir.

3/ Au départ, je suivais tous les followers ayant un lien avec mes centres d’intérêts ou simplement parce que je les connaissais depuis une autre plateforme ou encore des personnes rencontrées dans la vie physique.

Aujourd’hui, je songe à changer ce mode de fonctionnement car ça devient difficile de fournir de l’intérêt régulier à autant de personnes.

4/ J’ai aussi des règles :

l’amitié n’est pas un CDI, j’unfollow des personnes qui ont un comportement qui ne correspond pas à mes valeurs.

Je suis en premier lieu attentive aux messages qui sont en lien avec mes sujets de réflexion.

8-On parle de plus en plus de community management, c’est la notion à la mode en ce moment. Pour toi, qu’est ce qu’un community manager ? Quelles sont ses missions et principales qualités ?

C’est la cellule ou la personne qui anime l’identité de la Marque (personnelle, corporate, associative, etc) dans l’univers du Web Social, participatif et interactif. Dans «identité» j’entends son positionnement, ses valeurs, ses visions. Animer, c’est donner vie (communiquer, écouter) à une identité visuelle. Le Community Management répond à deux grandes exigences : la survie de la marque dans un univers où le pouvoir de l’expression est accessible à tous à la fois pour se renouveler mais aussi pour veiller à sa réputation ; l’existence de la marque dans un univers mouvant où l’existence se caractérise par de la publication et de l’interaction. Un site officiel ne suffit plus. La marque doit aller vers le Client. Le schéma est ainsi inversé.

Le missions du community manager sont de (d’):

  • assurer une présence continue et critique de la Marque Entreprise ou Organisation ou Personnelle
  • créer, développer et dynamiser les communautés (Clients internes et Clients externes)
  • (sup) porter l’identité et la stratégie de la Marque de l’Entreprise (valeurs, vision, histoire, projets)
  • analyser et sur- veiller en continue la réputation de la Marque
  • traduire et relayer les informations de veille et d’écoute
  • faire et faire-faire du contenu multimodal et multicanal (buzz, informations, mesures correctives)
  • mettre en place des actions correctives et de recrutement/fidélisation
  • suivre et analyser les indicateurs de satisfaction et d’insatisfaction des Personnes et du collectif

9-Que penses-tu des entreprises qui veulent absolument leur community manager ?

Si à travers cette demande les entreprises manifestent leur intérêt vers l’économie numérique pour soit intégrer le Wbe dans leur business model et/ou veiller à leur présence en ligne… c’est bien.

Maintenant, il faut s’assurer qu’il ne s’agit pas d’une démarche qui vise à rebatiser leur Webmaster ou leur service RP en Community Manager pour être « In ». Chaque entreprise peut avoir un « community management » relatif à sa taille et ses enjeux. Mais rappelons qu’il s’agit bien d’une démarche stratégique qui allie communication-marketing-animation.

10-Comment vois-tu l’avenir du « web social » ?

Si je me suis intéressée au Web Social dès 2004 ; c’est parce que j’avais déjà le sentiment que notre modèle de société était en train de changer et que le Web serait au cœur de ces changements. Je suis toujours convaincue voire plus.

Le Web social de demain sera centré sur l’univers de personnes et des communautés qui gravitent autours de ces personnes.

Un Web qui ne se distinguera plus avec la vie réelle puisqu’il sera intégré dans nos processus de communication et de travail.

Les communautés pourront probablement être à l’initiative de nouveaux services distribués ensuite par des entreprises.

Nous assisterons au développement d’actions en intelligence collective, de créations de nouveau métier hybride nécessitant la maîtrise de la communication Web, d’un Web social sur tous supports (mobile, tv) et de nouveaux modèles économiques (ex : monétisation de l’audience, de la réputation).

11-Le mot de la fin ?

Merci Alexandra pour cette interview. C’est un exercice aussi intéressant que de publier un article.

Je souhaite à tous les courageux lecteurs une excellente fin d’année 2009.

Je remercie chaleureusement Fadhila d’avoir accepté de répondre à mes nombreuses questions. Un véritable enrichissement.

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